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Estime de soi : le jeu pernicieux des réseaux sociaux

De nombreuses études se sont penchées sur l’impact des réseaux sociaux sur notre bien-être et nos comportements.

Si certains résultats se contredisent, dans l’ensemble ces études tendent à montrer qu’un usage excessif peut être source de stress, de baisse d’estime de soi, de mal-être, voire de dépression.

En cause principalement : la tendance à la comparaison permanente et la dépendance accrue à la reconnaissance sociale qu’ils induisent.

En faisant défiler les photos, bons mots et vidéos de notre réseau, on ne peut s’empêcher de se comparer aux expériences, aux accomplissements, aux amis ou au physique de nos connexions.

Le poison de la comparaison

Se comparer aux autres est un mécanisme naturel et qui peut être utile, dans la mesure où il nous donne l’occasion de nous réjouir de ce que nous avons.

Le problème c’est que sur les réseaux sociaux, le jeu est perdu d’avance, puisqu’on se retrouve à se comparer à des milliers, des millions de personnes. Il y aura, forcément, toujours quelqu’un que l’on finira par envier. Le jeu est aussi faussé. On sait tous, dans le fond, que la vie qu’on expose sur la toile ne dévoile pas tout. Ce ne sont que des bribes de ce qu’on a bien voulu montrer, le nec plus ultra de nos vies. Le tout mis en scène, poli et romancé, pour raconter une histoire plaisante et intéressante.

On ne sait jamais vraiment où finit l’authenticité et où commence l’artifice.

Pourtant, ce sont ces bribes, cette version édulcorée des existences de chacun, qui nous servent de référentiel pour comparer avec notre propre vie. D’un côté, on a donc une collection d’expériences intéressantes, de meilleurs moments, de clichés avantageux, et de l’autre on a notre quotidien parfois affreusement banal. Les dés sont forcément pipés.

Le delta perçu entre les deux peut entamer notre satisfaction et notre estime personnelle, que ce soit parce qu’on se sent moins attirant.e, moins intéréssant.e, moins compétent.e, peu apprécié.e, voire exclu.e.

Dis-moi que tu m'aimes

Les réseaux sociaux exacerbent aussi le besoin d’approbation et de reconnaissance sociale. Il faut dire qu’ils ont été conçus pour, puisque leur fonctionnement se nourrit, justement, de ces besoins naturels grâce au mécanisme des likes et des commentaires.

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Chaque validation reçue est un petit coup de boost à l’égo qui peut faire du bien, mais qui, si on n’y prend pas garde, risque d’alimenter un cercle vicieux : plus j’en obtiens, plus j’en veux, plus j’ai peur de ne plus en recevoir donc plus je déploie des trésors d’énergie pour les alimenter.

Au point qu’on finisse parfois par se perdre soi-même dans le but de plaire aux autres, d’obtenir plus de reconnaissance et par vivre notre réalité que par le prisme d’un potentiel succès en ligne (mon plat au restaurant est-il photogénique, ma destination assez trendy… etc)

Le marketing de soi

C’est d’autant plus vrai que les réseaux sociaux sont devenus le temple de l’auto-promotion.

C’est même un véritable business. Des formations fleurissent pour nous aider à y parvenir, devenir un « influenceur », apprendre à se mettre en avant, à engranger du follower.  Pour gagner la course à l’attention, il faudrait savoir rester humble mais sûr de soi, affirmer sa singularité et ses opinions pour se démarquer de la masse mais rester suffisamment conforme pour plaire. Et réussir à faire entendre sa voix dans le brouhaha permanent.

Comme l’explique Michaël Stora, psychologue et auteur du livre Hyperconnexion, « chacun tente de faire du « self-branding » Un peu comme si nous étions tous devenus des produits à vendre, à faire aimer et enfin, à liker. Avec ce genre de réflexe de promotion, il est quasiment impossible de ne pas tomber dans la caricature.»

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C’est tout aussi vrai sur les plateformes professionnelles comme Linkedin, sur lesquelles règnent quelques superstars qui ont su tirer leur épingle du jeu et propulser leur carrière grâce à leur participation.

Mais se faire une place sur ces réseaux n’est pas une mince affaire. Il en faut de la persévérance et de l’assurance pour se construire une audience, oser parler dans le vide le temps de se construire une « communauté », avoir confiance en l’utilité et la pertinence de ses partages.

Ce narcissisme peut être sain lorsqu’il nous motive, nous pousse à aller plus loin…jusqu’à une certaine mesure. Au-delà, on peut finir pris au piège de cette course à la reconnaissance, surtout lorsque notre niveau d’estime de nous-mêmes n’est pas au beau fixe.

D’autant qu’il y a aujourd’hui une sorte d’injonction, de pression sociale, à prendre part à ce jeu-là. Car pour décrocher de nouvelles opportunités et construire son parcours, c’est bien sur internet que beaucoup se joue aujourd’hui.

La course aux likes : sans façon, merci ?

Le réseau virtuel est devenu l’antichambre des contacts réels, ceux qui nous ouvrent des portes, nous permettent de décrocher de nouvelles opportunités. Ne pas en être, c’est risquer de s’en priver et de mettre un coup de frein à notre propre avancement.

Pourtant, cette quête-là n’est pas pour tout le monde.

Chez certains, ce monde où chacun cherche à se faire voir et entendre peut être source de malaise. On sent bien que parfois, les échanges, les likes et les commentaires manquent de sincérité et d’authenticité, qu’il y a souvent une forme de stratégie derrière pour faire grimper sa côte de popularité, ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Pour toutes ces raisons, il est bon de prendre le temps d’observer ce que les réseaux sociaux éveillent en nous, et de s’interroger sur la place qu’on souhaite leur donner.

Les réseaux sociaux me procurent-ils plus de plaisir que de désagréments ? Ai-je réellement besoin d’y prendre part ? En ai-je envie ? Si oui, pour quel usage ? Quel bénéfice ? Dans quel but ? Avec quelle intention ?

La décision de ne pas y prendre part peut être difficile à prendre quand, autour de soi, la norme est d’y participer.

Elle requiert aussi d’accepter de renoncer à une certaine forme de succès valorisé aujourd’hui, celui de la popularité virtuelle, mesurée au nombre de likes et de followers. Il s’agit donc peut être, en parallèle, de réfléchir à d’autres façons de rentrer en relation avec les autres, de renforcer son tissu social, d’agrandir son réseau, de prendre part aux conversations, de se faire connaître et d’obtenir de la reconnaissance, plus respectueuses de ses aspirations et de son mode de fonctionnement.

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